Une approche intégrale de la santé

Une approche intégrale de la santé

Docteur Jean Luc Monsempès 

Le terme anglais health provient du vieil anglais «hoelth» qui signifie intégrité, globalité et sécurité du corps, et qui a donné naissance au mot holistique. Le terme santé provient du latin «saluto» qui signifie préserver sain et sauf, et de «sano» qui signifie rendre sain, guérir, réparer, et ramener à la raison.  La santé se rapporte donc à un « tout », une « intégralité » qui conserve ses qualités sans altérations, et qui concerne le corps et la raison. 

Le terme intégral se rapporte à ce qui est entier, à ce qui ne fait l'objet d'aucune restriction, d'aucune coupure, et ce qui réalise pleinement une qualité ou une caractéristique. Dans une définition d’une santé intégrale, c’est la santé qui se réalise pleinement. Ce qui implique que la santé n’est pas un état mais un processus avec des stades ou différents niveaux de santé, adaptés à des niveaux de conscience.  Ce qui n’est pas restreint ou limité nécessite de l’espace, et de l’ouverture.  La santé intégrale se doit donc de proposer un cadre conceptuel et pratique en mesure de rassembler l’ensemble des connaissances et perspectives à propos de la santé.  Ce qui ne fait l’objet d’aucune coupure nécessite des liens et une continuité plutôt des divisions et des polarités.  

Les défis d’une approche intégrale de la santé

La santé intégrale a pour ambition d’inclure et aussi transcender les limites de toutes nos approches actuelles de la santé et de la guérison.  Un vaste programme qui soulève bien des questions. Comment rassembler sur une même carte la perspective de la médecine moderne hyper technique et celles des sagesses traditionnelles ?   Comment assurer une continuité entre le monde extérieur objectivable du biologique et le monde intérieur et subjectif du psycho-spirituel ?  Comment établir des ponts entre la médecine moderne, les médecines ancestrales, et les approches dites complémentaires ou alternatives ? Comment interconnecter l’individualité du patient au collectif du monde qui l’entoure ? 

Seule une approche véritablement holistique et évolutive de la santé est en mesure de répondre à ces défis.  Mais le jeu en vaut la chandelle, car les gains potentiels sont d'une grande portée : il ne s’agit plus seulement de guérir les symptômes et de soulager la souffrance, mais de créer une prise de conscience favorable à un épanouissement du corps, du mental et de l'esprit, à une santé durablement en expansion, pour nous-mêmes et pour l'humanité.

Ces buts peuvent paraître utopiques, et pourtant ils s’inscrivent dans le cadre de la définition de la santé  OMS « Un état de complet bien-être physiquemental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité » et représente « l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soit sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale » Cette définition, inscrite au préambule de la constitution de l'OMS en 1946, n'a pas été modifiée depuis. Cette définition implique la satisfaction des besoins fondamentaux de la personne, qu'ils soient physiques, affectifs, sanitaires, nutritionnels, sociaux ou culturels. En 2011 H. Hubber et coll. proposent dans le British Medical Journal une nouvelle définition de la santé à l’OMS « La santé est la capacité à s’adapter et à se prendre en charge face à des problèmes physiques, émotionnels et sociaux ». Cette nouvelle définition complète et transforme la précédente en y ajoutant deux distinctions majeures : on passe de la notion « d’état de santé » à celle de processus « d’adaptation », et aussi des solutions extérieures du « droit  à la santé » aux solutions intérieures « se prendre en charge ». La santé intégrale doit être capable d’inclure et mettre en pratique ces nouvelles perspectives de la santé. 

Une approche contemporaine de la santé

La santé intégrale est une approche totalement appropriée à notre époque.  Elle propose aux  professionnels de santé de nouveaux champs de solutions pour améliorer et aussi développer le niveau de santé de chacun. Elle offre aux patients la possibilité d’acquérir une compréhension interactionnelle des problèmes de santé, de participer activement aux décisions le concernant, et de construire une vie riche de sens et de vitalité. Elle propose aux autorités de santé, une perspective systémique de la santé qui peut être sources d’innovations, d’efficacités et d’économies.

La santé intégrale, telle que nous la proposons dans les articles qui suivent, constitue une boussole qui oriente et guide la mise en oeuvre d’un processus innovant et expansif de guérison et de santé. Cette boussole s'appuie sur l’utilisation de cinq principes directeurs : le principe holistique, le principe évolutif, le principe intentionnel, le principe de la personne au centre de la démarche, et le principe dynamique de la santé.  Les deux premiers principes  (Holistique et Evolutif) définissent  les caractéristiques fondamentales de l’approche intégrale de la santé.  Les trois derniers principes (Intentionnalité, la personne au centre, la démarche dynamique) permettent de guider la mise en œuvre du modèle intégral de la santé.  Rappelons que l'objectif final du modèle de santé intégrale est bien au delà de la guérison d’une maladie et du simple retour à un état de santé antérieur,  car il est en rapport avec l'épanouissement durable de l'être humain.

Les cinq principes d’une approche intégrale de la santé 

Examinons maintenant les cinq principes qui forment la carte d'une approche intégrale de la santé, et qui s'appuient sur la théorie intégrale développée par le philosophe moderne Ken Wilber. Pour certains auteurs (E. S. Dascher)  ces principes de santé se retrouvent dans les enseignements d’Esculape, le Dieu grec de la santé. Ce dernier proposait la guérison et la santé comme un voyage de la conscience qui débouchait parfois sur un changement de vie. 

1-Le principe de santé holistique

Cette perspective intègre les quatre aspects interdépendants du « tout » de la vie et de l’expérience humaine : le psycho spirituel, le biologique, le culturel et le social. 

  • Le psycho-spirituel se rapporte à la vie intérieure, intentionnelle et individuelle de chacun, et au vécu subjectif d’un état de santé. 
  • Le biologique et le physique concernent la vie extérieure et individuelle de chacun, et à un vécu objectivable par les sciences médicales modernes.
  • Le culturel de rapporte aux valeurs et croyances d’un groupe humain qui influencent, positivement ou négativement, un processus de guérison et de santé.
  • Le social concerne la vie extérieure d’un individu, les interactions établies avec son environnement humain, matériel, organisationnel, naturel. 

Ces quatre aspects sont interdépendants, ils constituent un système ouvert, ce qui signifie que la modification de l’un entraine la modification des autres aspects.  Ce qui signifie aussi que la santé globale est liée à un équilibre (ou une écologie) entre ces quatre aspects, et que les causes et les solutions aux problèmes de santé se trouvent dans l’une ou plusieurs de ces quatre aspects de vie. La guérison selon Esculape avait un caractère vraiment holistique, car elle abordait l’individu dans la globalité de sa vie, elle portait sur les différents aspects de toute expérience humaine: le psycho-spirituel, le biologique, le culturel et le social.

La perspective holistique fait l’objet de l’article : « Santé intégrale et approche holistique »

2- Le principe évolutif de la santé

Le principe évolutif se rapporte aux différents niveaux de conscience et de santé auxquels un individu peut accéder. La maladie peut être perçue comme une perturbation locale à réparer, ou une invitation à faire évoluer notre conscience dans les quatre aspects de vie que nous venons de voir : le psycho-spirituel, le biologique, le culturel et le social.  Une évolution de la conscience signifie la prise en compte de niveaux de plus en plus vastes de nos interactions internes et externes.  Comme si la portée du rayon de lumière du projecteur pouvait s’élargir faisant apparaître des éléments restés dans l’ombre. 

D’une manière très simple, l’évolution de notre conscience pourrait se réduire à trois grandes étapes : la conscience du corps et de la physiologie, puis la conscience des fonctions mentales (les stratégies cognitives) et les interactions entre le mental et le corps, et enfin la conscience de l’esprit, c’est-à-dire de ce qui nous relie au champ invisible des informations et des énergies qui connectent le « tout ». Chaque niveau de conscience embrasse et transcende les limites du niveau précédent.  Stephen Gilligan parle de trois formes d’intelligence : l’intelligence du corps, l’intelligence du mental cognitif, et l’intelligence du « champ »  et de l’intuition.

Esculape incitait les personnes malades à s'éveiller par le rêve et l’intercession du serpent, aux profondeurs d’un vaste monde de possibilités de guérison, de santé et de vitalité.  L’expansion progressive de la conscience d’un individu accroît ses connaissances et ses compréhensions, ses capacités et ses ressources, et clarifie ses priorités de vie. Chaque saut dans le développement de la conscience d’un individu s’accompagne d’un gain de liberté et d’épanouissement. Chaque nouveau saut de conscience n’exclut pas les précédents, mais au contraire embrasse ce qui précède et transcende ses limites.  

L’expansion progressive de la conscience est auto-générée et auto-cultivée.  Vous pouvez aller chercher un guide ou un éveilleur, mais au final la décision vous appartient entièrement. Le changement qui en résulte est profond, permanent et affecte tous les aspects de votre expérience. Nous interprétons la vie et les possibilités qu’elle offre de manière différente, nous nous y relions et nous en faisons l'expérience de manière différente, et nous nous élevons à un nouveau niveau d'existence. Un individu n’est jamais condamné à rester coincé au même endroit toute sa vie. En tant qu’humain, nous sommes conçus pour grandir, évoluer et nous transformer. Nous avons le potentiel de devenir de plus en plus vivant et de réaliser notre épanouissement.

La perspective évolutive fait l’objet de l’article : « Une vision évolutionnaire de la santé intégrale » 

3- Le principe intentionnel de la santé 

L’intentionnalité est la potentialité profondément humaine à donner une direction à la vie, et à la modifier si besoin. C’est la capacité à se focaliser volontairement sur une expérience particulière, à déterminer des choix et à les réaliser d’une manière réfléchie. Le potentiel de cette capacité est considérable chez les humains, même si elle est bien peu utilisée.

Par notre culture et notre éducation, nous sommes profondément conditionnés à réagir aux événements d’une manière particulière.  Aux premiers stades du développement humain, ce conditionnement s’avère un moyen efficace et prévisible de répondre aux situations de menaces. Mais même si notre vie n’est plus menacée au quotidien par des prédateurs, notre conscience reste encore bien plus focalisée sur les menaces potentielles de la vie que sur les opportunités de développement et de croissance. Nous avons pourtant la capacité à rediriger notre attention vers ce que nous attendons de la vie, et à choisir la vie que nous voulons mener. La maladie a aussi une intention pour nous, celle de nous rappeler que nous ne savons plus satisfaire nos besoins fondamentaux, que nous nous écartons de nos valeurs fondamentales et de nos buts de vie.  Vivre la vie que les autres ont décidé pour nous et non notre propre vie est un bon moyen de tomber malade. Toute situation de crise, et la maladie en est un exemple, est en quelque sorte un voyage du héros, un voyage de la conscience qui commence par l’expression d’une intention ou d’un « appel » à changer des aspects de notre vie.  Qu’est-ce que cette maladie m’appelle à être et à devenir pour avoir une vie plus riche de sens ?

La santé est un processus constant de recherche d’équilibre entre les réponses aux contraintes externes d’une vie en communauté, et les exigences internes de notre propre individualité.  Ces polarités peuvent être intégrées et transcendées lorsqu’elles sont mises au service d’une intention de vie, de buts de vie riches de sens, de buts de croissance.  Car nous avons besoin des autres pour grandir, guérir, nous épanouir et réaliser nos rêves les plus chers.

L'intention (le but poursuivi) est étroitement liée à l'attention (là ou nous portons notre conscience).  Si nous n’apprenons pas à focaliser et maintenir notre attention sur une expérience choisie, notre attention sera automatiquement détournée par des pensées, des sentiments et des images aléatoires, et le choix intentionnel devient impossible.  Nos pensées dirigent alors notre vie. Notre capacité d'intention et d'attention est affinée par le centrage, le calme intérieur, l’ouverture du mental et du cœur. 

La perspective intentionnelle fait l’objet de l’article « Santé intégrale et principe de l’intentionnalité » 

4- Le principe de la personne au centre

Dans une vision mécaniste l’humain malade est comme une machine à réparer. Cette situation nécessite l’intervention d’un expert professionnel de santé qui va suivre une procédure définie pour établir un diagnostic et un pronostic, définir les traitements les plus appropriés. Dans une vision intégrale, l’expert est la personne malade car celle ci elle est la seule à pouvoir identifier, compte tenu de son histoire de vie unique, de ses valeurs et croyances, de ses buts de vie…etc.), les causes internes et externes des déséquilibres de vie à l’origine de la maladie, et les actions de rééquilibrage à mener pour redonner du sens à sa vie. Une approche centrée sur la personne signifie faciliter l'exploration des quatre aspects d’expérience (biologique, psycho-spirituel culturel, social) dans leurs différents niveaux (corps, mental, esprit) et faire confiance à la personne pour adopter ce qui lui convient le mieux compte tenu de ses attentes et son niveau de conscience.  Un accompagnement qui met la personne au centre questionne les qualités du coach, du coaché comme de la relation entre les deux.

Le coach est un élément clé du processus d’évolution et d’épanouissement du coaché. Sans une formation et une compréhension des cinq principes fondamentaux de la santé intégrale, il est difficile voire impossible de sortir de la vision matérialiste et biologique actuellement la plus répandue de la médecine conventionnelle.  Pour être le catalyseur d’une santé plus expansive avec ses clients, le coach a besoin de mettre en pratique la santé intégrale dans sa propre vie. Au travers d’une pratique d’introspection et méditative, le coach explorera les aspects intérieurs de sa propre vie et de sa propre santé.  Si c’est l’aspect le moins développé de la médecine conventionnelle, c’est pourtant une pratique millénaire qui a débutée bien avant la naissance du Dieu Aesculape et que l’on retrouve encore de nos jours dans de nombreuses pratiques traditionnelles dans le monde.  A l’heure de la  micro-chirurgie et des interventions moléculaires, la pratique de la transe peut paraître dérisoire et totalement inappropriée.  L’intérêt majeur du monde médical pour la méditation de pleine conscience est en train d’inverser cette tendance.

Seule une pratique du processus intégral dans nos propres vies, peut rendre possible la découverte des profondes possibilités de santé intégrale. Le soulagement des douleurs et l’accès à l’épanouissement humain peuvent devenir bien plus qu’une simple idée. Un coach qui n’a pas expérimenté sur lui la puissance d’une démarche intégrale, aura du mal à croire à son efficacité chez son client. 

L’état d’esprit et d’ouverture du coaché est aussi fondamental. La métaphore des trois pots d’Elliott S. Dacher est très utile pour comprendre la capacité du coaché à intégrer de nouveaux apprentissages. Un individu qui est comme un pot renversé n’est pas prêt à acquérir une nouvelle compréhension de son niveau de santé. Une personne bouleversée sera incapable d’écouter quoi que ce soit de nouveau et de partager sur les thèmes profonds du modèle intégral. Une personne qui est comme un pot percé sera incapable d’absorber et de conserver les points clés de ce qui lui est enseigné, et n’est donc pas prête à changer. Une personne qui est comme un pot sale ne pourra recevoir une information sans la transformer. Si les croyances de la personne sont trop figées pour s’ouvrir à des possibilités nouvelles, cette personne ne sera pas prête à adopter de nouvelles capacités.  Toute séance de coaching de santé devrait donc commencer par la création d’un état ressource chez le coaché comme chez le coach. Toute séance de coaching santé devrait débuter par une technique visant à détendre et centrer la personne, ouvrir le mental et le cœur, prendre conscience de se qui se passe en soi et autours de soi, renforcer la connexion à soi et à son environnement et accueillir tout ce qui survenir. 

La relation intégrale constitue la base d’une pratique de santé intégrale.  Cette relation est très différente de celle que l’on trouve le plus souvent dans la médecine conventionnelle focalisée sur la recherche d’un diagnostic biologique et la prescription d’un traitement.  Dans une pratique conventionnelle, le praticien pose des questions au patient, en fonction du cadre de référence de la médecine moderne.  Chaque approche de santé, que ce soit celle de la médecine moderne et ses nombreuses spécialités, ou celle des médecines alternatives, complémentaires (médecine chinoise, acupuncture, homéopathe, médecine Ayurvédique…) et traditionnelle propose une carte de lecture spécifique de la maladie et de la santé.  Les bonnes cartes sont celles qui aident le patient à atteindre ses buts de santé, ce qui signifie que ces cartes ne s’excluent pas mais se complètent. La carte de la médecine moderne est extrêmement performante dans le champ du biologique pour diagnostiquer et traiter des symptômes, mais reste culturellement limitée dans sa recherche des causes psycho-spirituelles, culturelles et sociales des maladies. C’est le cadre de référence initial qui détermine la nature et l’étendue des informations recueillies. 

Dans une pratique de santé intégrale, le praticien/coach et le coaché établissent un partenariat ou une collaboration de guérison.  Le coach et le coaché adoptent un état de détente et de ressource de façon à développer une écoute la plus profonde possible de ce que le sujet souhaite révéler de son problème de santé.  L’écoute globale et profonde du sujet est au centre de la guérison, et représente la principale modalité d’intervention du coach de santé intégrale.  L’écoute s’adresse plus au sujet dans sa globalité qu’à son symptôme. Le symptôme est un signal ou une communication à propos d’un déséquilibre dans l’écologie interne ou externe de la personne. L’écoute profonde facilite l’introspection nécessaire à la recherche des pertes de liens qui ont  causé et maintenu le symptôme.  

L’écoute va se poursuivre jusqu’à la découverte de ce qui fait le plus de sens dans la vie de la personne et ce qui peut faire obstacle à sa guérison.  La prise de conscience de ces deux facteurs clés, constitue des « moments de guérison » car elle déclenche le processus naturel d’autorégulation ou d’auto-guérison. Les moments de guérison sont ceux qui dissipent le sentiment d’un soi divisé qui est sous-jacent dans une grande partie de la souffrance humaine, et qui permettent d’expérimenter l’interconnectivité de la vie. Une profonde écoute n’est possible que dans un état ressource de présence à soi et à l’autre, un état caractérisé par le calme, le centrage, l’ouverture, la connexion et l’accueil. Car le mental est sans cesse soumis à un mouvement de pensées et d’émotions qui interprètent ce qui est entendu. Donc seul un état de ressource avec un esprit calme permet au coach et coaché d’écouter, d’accueillir et de comprendre la totalité de leur être. Une écoute profonde réduit l’écart entre ce que le coaché veut réellement dire, et ce qui est entendu de lui et du coach, et ce qui est compris par celui qui écoute. Seule une écoute profonde permet de saisir la vérité d’une personne, et d’avoir une compréhension empathique et globale du problème de santé.  Un coach qui prend le temps d’écouter profondément le coaché, sait que ce dernier finira par lui révéler et se révéler à lui même, les sources profondes de sa souffrance et les actions spécifiques nécessaires à sa guérison.  

Du fait de notre histoire personnelle,  de nos compétences et de nos aspirations de vie, nous avons besoin et méritons tous d'être vus et écoutés en tant qu'individus uniques.  Faute d’être vue et bénie par les autres cette unicité ne pourra pas s’exprimer ni s’épanouir dans le monde. Ce qui ne peut s’exprimer dans le monde s’imprimera dans le corps et sera ainsi la cause de nombreuses souffrances. Une présence à soi et à l’autre, une interaction empathique, sont en mesure de réactiver le désir profondément humain de voir son expérience reconnue et accueillie par l’autre, d’actualiser les croyances parfois anciennes qui s’opposent à la guérison et l’épanouissement de la personne.

« La présence peut être un état important dans lequel nous nous amenons nous-mêmes en tant que personne dans la relation thérapeutique. Une telle présence peut être l’état exact dans lequel notre client ou patient peut trouver une façon d’avoir une relation avec sa propre réalité intérieure et interpersonnelle. Cette relation transformée peut être au cœur de la guérison. » Kearney M.  A place of healing. 

5- Le principe dynamique

Les humains ne méritent pas de se définir en tant qu’objet, mais en tant que verbes d’actions, tel que évoluer, grandir, progresser, transformer…etc.  Car les êtres humains ont la capacité de réinterpréter continuellement la signification de leur vie et les stratégies par lesquelles ils choisissent d’organiser leur expérience.  Un individu dispose d’une considérable liberté existentielle pour décider ce qu’il veut faire de sa vie et les stratégies pour y arriver. Si nous choisissons notre histoire de vie, toutes les versions de cette histoire ne vont pas nous convenir. Nous diront alors qu’elles ne sonnent pas justes, que quelque chose manque à notre vie, qu’elles ne sont pas cohérentes avec des aspirations plus profondes. Par contre quand la construction du récit convient à la personne, elle crée le sentiment d’une vie riche de sens, de santé et vitalité, de reconnaissance et de gratitude. 

Dans son livre, « The nature of healing »  Le Dr Eric Cassel (3) déclare qu’une personne tombe malade lorsqu’elle ne peut pas atteindre ses buts de vie. Les raisons immédiatement évoquées et les plus visibles sont une déficience du fonctionnement du corps, alors que les solutions causales se trouvent souvent dans des aspects psycho-spirituels, sociaux et culturels de la vie de la personne.  La guérison est donc un processus dynamique, une réponse d’adaptation recentrée sur la signification. Une personne n’est donc jamais guérie « pour de bon ».  La personne est « guérie » par rapport à son niveau de conscience et les buts de vie qui en découlent. Un niveau de santé est adapté à des buts de vie.

Il est essentiel de reconnaître le sujet à la fois dans sa globalité, dans son unicité, dans son désir de faire partie d’un tout plus grand qu’elle-même, et aussi dans le contexte de vie spécifique dans lequel s’exprime le symptôme ou la maladie. En sachant comprendre le sens du symptôme dans le contexte plus large de la vie de la personne, les coachs de santé peuvent aider les coachés à atteindre leurs buts et à réaliser leur raison d’être. La médecine devrait avoir pour but, au delà de la réparation du fonctionnement de l’organe ou de sa fonction, de soutenir les patients dans leur expérience de la guérison, à les aider à aller vers la vie avec un plus grand sentiment de connexion et de sens, et une nouvelle relation à la douleur et la souffrance4.

La réparation médicale aborde la maladie en tant qu’état. Un état qui est fonctionnel ou dysfonctionnel. Pour cela elle a besoin de repères pour définir le normal du pathologique, elle a besoin d’étiqueter ce qu’elle observe sous forme de diagnostics, de standardiser les traitements, de guider les interventions par des protocoles, de chiffrer les résultats, de produire des statistiques concernant le pronostic.  Les étiquettes et les catégorisations figent les processus mentaux  et limitent les champs d’action du soignant comme du soigné.

L’approche intégrale de la santé aborde la maladie et la santé dans un contexte très large, celui de la vie de la personne, et de façon dynamique.  La santé et la guérison sont des expériences en constante évolution, parce que nous sommes en constante évolution.  Chaque jour offre de nouvelles possibilités de limitations et aussi de croissance et de guérison.   Notre vie change d'instant en instant et de jour en jour, et ce qui est approprié à notre croissance et notre guérison un jour peut devenir un obstacle le lendemain.  Ce qui s’est avéré efficace dans le passé peut ne plus fonctionner maintenant. Nous changeons sans cesse en fonction du sens que nous donnons aux événements de vie. Et le monde extérieur change également sans cesse. Ce qui était médicalement sans solutions il y a encore peu de temps, peut maintenant bénéficier de nouvelles découvertes. 

L’écosystème de la santé 

La santé est un bien précieux à préserver et à améliorer, car ce bien conditionne la vie et la réalisation de ce que chacun souhaite en faire. On ne peut cependant préserver et développer que ce que l’on a préalablement bien défini. L’idée centrale est que la santé ne peut être considérée de manière statique et isolée.  La santé est un équilibre entre les multiples composantes d’un écosystème interne et externe dont le but est de maintenir et développer la vie.  Les relations entre les différentes parties de notre biologie, de notre mental, de notre esprit forment un écosystème interne en interrelation permanente avec différents aspects de l’environnement social (physique et organisationnel) et culturel (la communauté des êtres vivants) d’un écosystème externe. Les composantes de l'écosystème développent un dense réseau de dépendances, d'échanges d'énergie, d'informations, et de rétroactions (feedback) permettant de maintenir et de développer la vie. L’infiniment grand de l’activité géomagnétique du soleil ou de notre expérience spirituelle interagit avec l’infiniment petit de notre fonctionnement moléculaire. En l’absence de rétroactions, l’écosystème perd sa capacité à s’adapter et son équilibre, ce qui se manifeste par l’apparition de symptômes. 

Au sein de cet écosystème de santé, rien n’est figé. Cet écosystème est comme un volume à expansion infinie, intentionnel car auto-organisé pour répondre à des questions de sens, dynamique car capable de se renouveler, et exprimant une expérience unique au monde. Cet écosystème est organisé autours des principes suivants :

  1. une horizontalité avec un socle de taille variable composé les quatre champs interactifs de l’expérience humaine que sont le biologique, le psycho-spirituel, le culturel et le social.Les causes des maladies comme leurs solutions peuvent se trouver dans un ou plusieurs de ces champs interconnectés.

  2. la verticalité de la conscience humaine, qui  peut se focaliser sur les besoins du corps, du mental qui sépare ou de l’esprit qui nous connecte à plus grand que nous. Nous sommes nés pour être en bonne santé, car des mécanismes d’autorégulation (respiration, digestion, circulation…etc.) assurent le maintien de notre homéostasie et des processus d’auto-guérisons réparent et maintiennent notre intégrité (cicatrisation, défenses immunitaires…etc.). Quand l’autorégulation ou l’autoréparation ne fonctionne plus, nous sommes invités à élargir notre niveau de conscience sur des composantes non prises en compte de notre écosystème (par exemples les causes ou les intentions de guérison et de changement). 
     
  3. une intentionnalité et des actions qui tendent vers un but. La conscience humaine est dirigée vers la recherche de sens et de significations. Les humains sont capables d’extraire et modifier l’information environnementale, pour former des représentations mentales, figer celles-ci sous forme d’états internes mémorisés et de concepts (ou valeurs) indépendants de la perception qu’ils en ont eu. Ces concepts/valeurs vont donner une direction à notre écosystème. Tous les comportements humains, qu’ils soient considérés comme positifs ou négatifs (par exemple les symptômes) sont organisés pour répondre à une intention que l’on considère positive attachée aux besoins de l’égo ou de l’âme.  L’identification de l’intention de vie de la personne permet de développer des options plus actuelles pour y répondre.  Si les médecins soignent le mieux possible, ce sont les patients qui décident de guérir en exprimant une intention de guérison. 

  4. une dynamique de mouvement et de transformation, car comme le dit Bergson dans son ouvrage L’évolution créatrice, « La vie est une évolution... Le corps change de forme à tout instant... Ce qui est réel, c’est le changement continuel de forme : la forme n’est qu’un instantané pris sur une transition. » Le vivant est doté d’une puissance interne de transformation, de mouvement et d’évolution, une dynamique propre. La santé n’est pas une fin en soi. On recherche un niveau de santé pour réaliser quelque chose d’important. Dès qu’une intention est clairement définie, la vie reprend en nous en mobilisant les ressources appropriées. De très nombreux éléments de notre physiologie sont un potentiel de changement. La structure du cerveau, considérée comme immuable il y a encore une décennie, est maintenant douée de neuro-plasticité sous l’effet de l’entrainement ou de la méditation. 

  5. Une unicité.Même des jumeaux ayant le même ADN seront différents. La nature fait en sorte que nous soyons semblables en apparence, alors qu’au plus profond de nous, nous sommes tous très différents, car nous avons une manière unique de construire et de vivre notre réalité.  Il ne peut y avoir de « prêt à porter » en matière de guérison de maladie chroniques ou « graves », il n’y a que du « sur mesure ». Ce qui signifie qu’une guérison est un processus de changement qui implique une participation active du patient, et une profonde relation de soutien. Ce processus de changement touche l’expérience individuelle et intime. Le patient est une personne unique comme celui ou celle qui l’accompagne, et c’est dans cette rencontre « génératives » que les prises de conscience peuvent se faire et les solutions créatives peuvent émerger.  Seule le sujet malade est en mesure de décider de stimuler sa propre puissance interne de transformation, de mouvement et d’évolution.

Pour vivre en bonne santé, les humains ont besoin d’un environnement interne (physique, mental, émotionnel, spirituel) sain, un environnement naturel, organisationnel (socio économique) et humain (culturel) également sain dans lequel ils vont pouvoir évoluer et mener la vie qu’ils souhaitent, et des relations saines entre l’ensemble de ces composantes.  Cette vision intégrale de la santé souligne à la fois les immenses options nouvelles d’interventions pour une meilleure santé et aussi la place limitée de la médecine moderne dans ce vaste espace de santé.

Il est indéniable que les progrès des techniques curatives ont fait chuter de façon considérable l'incidence des maladies infectieuses dans les pays industrialisés et de façon moindre dans les pays en voie de développement. L’approche biomédicale des maladies infectieuses repose sur un principe causal, un pathogène spécifique et un traitement spécifique pour chaque maladie. Cette approche diagnostique et thérapeutique a sauvé des millions de personnes, mais elle ne tient pas suffisamment compte des liens entre la maladie infectieuse et les facteurs socioéconomiques (pauvreté, malnutrition, …etc.) et culturels (Conflits, déracinements, isolement…etc.) dans lequel évolue le malade. Cette même approche diagnostique et thérapeutique devient moins opérationnelles lorsqu’il s’agit de prendre en charge des maladies chroniques multi causales ou des pathologies dues au vieillissement de la population. La médecine moderne fait des miracles dans le traitement symptomatique des maladies aigues (AVC, infarctus, pathologies cardio-vasculaire, chirurgies diverses…etc.) et dispose d’un impressionnant arsenal thérapeutique pour stabiliser les symptômes des maladies chroniques et dégénératives. Il est médicalement admis qu’un traitement symptomatique puisse être appliqué à vie dans de nombreuses maladies chroniques, sans recherche d’interventions sur leurs causes. Pour les systèmes de soin et de protection médicale, cette manière à un cout exorbitant qui menace même la survie de ces institutions. Devant des maladies multi-causales liées au style de vie (nutrition, sédentarité, stress, sommeil, dépression….etc.) les moyens d’action de la médecine moderne se montrent plus limités. Car dans ces situations, il ne s’agit plus de traiter les symptômes indépendamment les uns des autres, mais de prendre en charge une personne dans les différents aspects de sa vie. 

Malgré ses réussites spectaculaires dans le cadre qu’elle s’est fixé, l’approche biomédicale de la médecine moderne manque d’une vision globale de l’être humain.  Les dimensions psycho-spirituelles, émotionnelles ou énergétiques, culturelles et socio-économiques mériteraient d’être mieux prises en compte.

L’approche de santé intégrale se distingue de toutes les autres approches actuelles de la santé et de la guérison. Cette approche rassemble et intègre ce qui est bien souvent artificiellement divisé et séparé. Elle propose un tout cohérent qui assure une continuité entre les ressources individuelles ou collectives des systèmes de soins et d’un environnement naturel et organisationnel de soutien ; les ressources individuelles psycho-spirituelles d’auto-guérison et des traditions ancestrales de guérison individuelles ; les ressources d’une communauté  humaine de soutien. En comparaison, toute autre approche peut sembler partielle et limitée. Les cinq principes de la santé intégrale incluent et transcendent l’ensemble des approches modernes ou anciennes de la santé. Ils fournissent des cartes permettant de faire un état des lieux (les quatre quadrant et l’évolution de la consciences) et aussi guident le développement de chacun des quatre aspects de notre vie, nous mettant sur la voie directe et d’une santé plus globale et de l'épanouissement humain. 

Jean Luc Monsempès, 1/07/2020

Sources et lectures complémentaires

(1) Cassell EJ. The nature of healing. The modern practice of medicine. New York, NY: Oxford University Press; 2013. [Google Scholar]

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4982737/#b3-062e427

(2) Integral Health Resources ; https://www.integralhealthresources.com/integral-health-2/models-of-integral-health/

(3) The Integral Model: Answering the Call for Whole Systems Health Care ; Marilyn Mandala Schlitz, PhD ; Perm J. 2008 Spring; 12(2): 61–68. Published online Spring 2008. doi: 10.7812/tpp/07-078

(4) Integral Heath Elliott S. Dacher, MD, Basic Health publication 2006

(5) Integral Healing Lynne D. Feldman Integral Publishers 2014

 (6) Le livre de la vision intégrale- Ken WilberInterEdition

(7) Integral Medecine Center sur le site WWW.IntegralUniversity.org