Patients et oncologues, des avis différents sur les thérapies complémentaires

Patients et oncologues, des avis différents sur les thérapies complémentaires

Près des deux tiers (62 %) des personnes atteintes d'un cancer souhaitent connaître les thérapies complémentaires telles que l'exercice, les conseils en nutrition, les massages et la méditation avant de débuter un traitement conventionnel, alors que  33 % des oncologues approuvent ce calendrier.

"Les patients veulent plus d'informations sur leurs options afin de pouvoir prendre des décisions éclairées sur leur traitement global, à la fois traditionnel et complémentaire", a déclaré Wayne Jonas, directeur exécutif des programmes de santé intégrative à la Fondation Samueli. "C'est aux prestataires d'engager des conversations avec leurs patients pour mieux comprendre la "personne entière" qui vient se faire soigner et favoriser des plans de traitement adaptés aux individus."

L'enquête qui a été menée auprès de plus de 1 000 patients chez qui un cancer a été diagnostiqué au cours des deux dernières années, et de 150 oncologues a montré une forte préférence des patients pour des soins du cancer intégrant des approches complémentaires. Quarante pour cent des patients atteints de cancer disent qu'ils auraient choisi un hôpital proposant des thérapies complémentaires s'ils avaient pu remonter le temps. Plus d'un tiers (35 %) déclarent que leur satisfaction aurait augmenté si leur équipe de soins leur avait proposé des services complémentaires, tels que le soutien/la thérapie en santé mentale, la pleine conscience et les services spirituels, en plus des traitements traditionnels comme la radiothérapie et la chimiothérapie.

Plus des trois quarts des oncologues (76 %) ont déclaré vouloir en savoir plus sur les avantages des thérapies complémentaires combinées aux traitements traditionnels. Mais beaucoup d'entre eux ont cité des obstacles à la poursuite des approches intégratives, notamment le manque de remboursement par les assurances (49 %), le manque de personnel (39 %), les perception erronée que les patients ne sont pas intéressés d'entendre (32 %) et le manque de temps pour intégrer ces options dans les échanges avec les patients (31 %).

"Il est clair que les cliniciens, les assureurs et les hôpitaux doivent à la fois s'informer et offrir un meilleur accès aux informations et aux options de traitement", a déclaré M. Jonas. "Les patients et les oncologues veulent voir les avantages qu'il y a à traiter la personne dans son ensemble au lieu de se limiter à la maladie, mais de nombreux systèmes sont établis de manière à empêcher ce type de soins."

Cinquante pour cent des patients et 60 % des oncologues sont tout à fait d'accord pour dire que l'oncologie intégrative peut aider à gérer les effets secondaires et à améliorer le bien-être général, pendant et après le traitement. En outre, 40 % des patients et des oncologues pensent que l'ajout de thérapies complémentaires améliore les résultats du traitement et la survie globale par rapport à l'utilisation de traitements médicaux seuls. Les patients urbains (55 %) et âgés de 18 à 50 ans (72 %) le déclarent beaucoup plus souvent que les patients ruraux (35 %) et âgés de 75 ans et plus (23 %).

Dans l'ensemble, 66 % des patients atteints de cancer déclarent utiliser au moins une thérapie complémentaire, mais la majorité d'entre eux n'ont jamais communiqué cette information à leur oncologue. Les thérapies complémentaires les plus utilisées sont la consultation en nutrition (35 %), le soutien/la thérapie en santé mentale (27 %), la consultation en exercice (26 %), la méditation/la pleine conscience (26 %) et les services spirituels (25 %). Pour les patients, plus d'un quart d'entre eux ont déclaré que les deux principaux obstacles à l'utilisation d'approches complémentaires sont leur manque de connaissance de ces traitements et le fait que leur établissement traitant ne propose pas cette option.

"Les hôpitaux et les prestataires doivent offrir davantage d'options de soins parallèlement au traitement traditionnel du cancer afin d'accroître la satisfaction des patients et d'améliorer la qualité et la durée de vie des personnes atteintes de cancer", a déclaré M. Jonas. "En proposant des options de soins intégratifs, les prestataires médicaux peuvent répondre à l'explosion de la demande des patients. C'est à nous, en tant que prestataires de soins de santé, d'apprendre et de défendre davantage d'options de traitement qui vont au-delà des pilules et des procédures."

Commentaires pour les coachs de santé

Les résultats de cette étude confirment le décalage de perception entre oncologues et patients sur l'intérêt des approches complémentaires dans le traitement des cancers. Mais ce décalage pourrait être généralisé à de nombreuses autres situations médicales.  Face à ce décalage, que faire. En France la Mivilude remplit sa mission de protection de la population contre les mauvais usages des médecines complémentaires, en alertant, en suscitant la peur et en condamnant sans discernements les différentes approches complémentaires, alors que 50 % des patients s'y intéresse et y ont recours. J'ai du mal à imaginer que les utilisateurs des approches complémentaires soient complétement dépourvus d'intelligence en recherchant des solutions autres que celles de la médecine conventionnelle. Il ne sert à rien de condamner un changement majeur dans les attentes de notre société. Les patients savent très bien que la médecine conventionnelle, quel que soit son indiscutable excellence, ne peut répondre à l'ensemble de leurs besoins. Donc il est temps d'accompagner les attentes de ceux qui s'intéressent aux approches complémentaires à faire les meilleurs choix pour eux. Il devient donc urgent que l'administration puisse créer un site d'information à l'intention des patients et professionnels de santé, car il est vrai qu'actuellement il est terriblement difficile au non spécialiste de faire le tri entre ce qui est démontré scientifiquement et ce qui ne l'est pas, entre ce qui peut être utile ou pas au patient, entre les professionnels des approches complémentaires et les charlatans.  La création d'un site d'information n'est certainement pas simple, car cela requiert une grande curiosité et objectivité de la part de ses concepteurs, sur l'état des connaissances actuelles pour chaque approche complémentaire (près de 300 selon l'OMS), ainsi qu'une grande indépendance vis-à-vis des lobbies pharmaceutiques et des corporations médicales, qui ne verront probablement pas d'intérêts à ce projet. 
Nous pouvons cependant être optimiste aux regard des initiatives privées en médecine intégratives comme celle du Dr Alain Tolédano  à Paris, l'Association Ressource du Dr. Jean Loup Mouysset à Aix en Provence, ou de l'Onco-Coaching à Marseille. Aplaudissons également les initiatives de la la Non-Pharmacological Interventions Society (NPIS). et de  l'Agence des Médecines Complémentaires Adaptées (A-MCA)

Un mouvement vers l'intégration des approches complémentaires est donc en marche et c'est une très bonne chose surtout pour ceux qui en ont besoin, à savoir les patients. La question majeure est celle du contrôle et la régulation de ces pratiques non conventionnelles. Il est évidement que le corporatisme médical va tenter de mettre la main dessus afin de pouvoir devenir les prescripteurs des bonnes pratiques, selon leurs propres critères.  Car les approches complémentaires représentent un marché nouveau qui attire les convoitises. Autrement dit tous ce qui n'aura pas été validé selon les normes actuelles en matière de méthodologie de essais cliniques risque d'être rejeté. Un argument en or pour les sociétés savantes qui veulent contrôler les approches complémentaires. L'argument des études scientifiques n'est pas toujours recevable car il est maintenant admis, par exemple par la NPIS, que la rigueur des méthodologies des essais cliniques utilisée pour les médicamenteux n'est pas adaptée aux approches complémentaires car comment faire du double aveugle avec de la méditation ou de l'hypnose ? Par ailleurs il y a bien peu de financements disponibles pour les études sur les approches complémentaires. L'argument de la scientificité est donc important et en même temps sujet à de nombreuses subjectivités.

Enfin j'espère que dans ces débats à venir sur les approches complémentaires, les patients auront l'occasion de s'exprimer, car ce sont bien souvent les oubliés des échanges concernant leur santé. Comme si les patients ne savaient pas ce qui est bon pour eux, comme si les patients ne pouvaient pas guérir en l'absence d'une intervention médicale conventionnelle. Il y a dans le débat actuel une confusion majeure entre le fait de soigner, ce qui est du ressort des professionnels de santé), et le fait de guérir, qui résulte de la décision du patient de se prendre en charge pour contribuer à sa santé. Il fait savoir que le patient malade ne raisonne pas en termes de scientificité mais d'utilité et il est important de respecter ce critère, à condition bien sûr qu'il n'y ait pas de risques à l'usage des approches complémentaires. Ce débat sera aussi l'occasion de réhabiliter les bénéfices du placébo, si mal traité par le monde académique depuis plusieurs décénies. Le placébo est bien plus peçru comme un artéfact gênant (surtout pour le essais cliniques) que comme un allié thérapeutique au service du patient. Pourtant les placébos détiennent parfois des pouvoirs insoupçonnés qu'il conviendrait de réhabilité. Tout est placébo dans l'acte thérapeutique, en particulier la qualité de relation qui fait si souvent défaut dans la consultation, et que les patients vont rechercher ailleurs. Car tout changement humain, et en particulier dans le domaine de la santé a besoin d'être encouragé par d'autres humains. Quand un patient est amoureux d'une approche complémentaire, il me parait fondamental, dans l'intérêt de ce patient de respecter son investissement même si la méthode en question n'est pas passé par le filtre de la scientificité, et à condition qu'elle ne présente pas de danger et qu'elle ne se substitue pas aux traitements conventionnels. Les patients ne pourront que bénéficier d'une intelligence collective entre tous ceux qui peuvent, avec des visions forts différentes, contribuer à leur santé. 

Sources

Most cancer patients want access to complementary therapies before treatment, by The Reis Group, November 15, 2022 ; https://medicalxpress.com/news/2022-11-cancer-patients-access-complementary-therapies.html?utm_source=nwletter&utm_medium=email&utm_campaign=daily-nwletter

US PATIENT & ONCOLOGIST AWARENESS, USAGE, & ATTITUDES TOWARD WHOLE PERSON INTEGRATIVE ONCOLOGY ; https://drwaynejonas.com/wp-content/uploads/2022/10/Samueli_Integrative-Oncology-Tracking-W1_Final-Report_7-Oct-2022.pdf